Cusset C.

Variations sur l’image du chien dans l’Alexandra de Lycophron

Òåêñò ïðèâîäèòñÿ ïî èçäàíèþ: «Àíòè÷íûé ìèð è àðõåîëîãèÿ». Âûï. 13. Ñàðàòîâ, 2009. Ñ. 389—397.

ñ.397

Êðè­ñòîô Êþñ­ñý (Ëèîí, Ôðàí­öèÿ).
Âàðè­à­öèè îáðà­çà ñîáà­êè â «Àëåê­ñàí­äðå» Ëèêîôðî­íà

Îäíîé èç îñî­áåí­íî­ñòåé ïîý­ìû Ëèêîôðî­íà «Àëåê­ñàíäðà» ÿâëÿ­åò­ñÿ íåîáû÷­íîå îáðà­ùå­íèå àâòî­ðà ñ èìå­íà­ìè ñîá­ñò­âåí­íû­ìè, êîòî­ðûå îí ëèáî ñîâñåì íå óïîòðåá­ëÿ­åò, ëèáî çàìå­íÿ­åò ñëîæ­íû­ìè ìåòà­ôî­ðà­ìè, ñâÿ­çàí­íû­ìè êàê ïðà­âè­ëî ñ êàêèì-òî ýïè­çî­äîì æèç­íè ïåð­ñî­íà­æà. Äëÿ ðÿäî­âî­ãî ÷èòà­òå­ëÿ ïîäîá­íîå «çëî­óïîòðåá­ëå­íèå» îêà­çû­âà­åò­ñÿ çíà­÷è­òåëü­íîé ïðå­ãðà­äîé â ïîíè­ìà­íèè òåê­ñòà. Ìåòà­ôî­ðà, ñâÿ­çàí­íàÿ ñ æèâîò­íûì, ìîæåò íå èìåòü ïðî÷­íîé ñâÿ­çè ñ îïè­ñû­âà­å­ìûì ïåð­ñî­íà­æåì. Ïîýòî­ìó îíà ìîæåò ïðè­ìå­íÿòü­ñÿ êî ìíî­ãèì äåé­ñò­âó­þ­ùèì ëèöàì. Èìåí­íî òàêîé ìåòà­ôî­ðîé ÿâëÿ­åò­ñÿ îáðàç ñîáà­êè, êîòî­ðûé â ïîý­ìå óïîòðåá­ëÿ­åò­ñÿ ÷àùå âñå­ãî — 13 ðàç.  ñòà­òüå ðàç­áè­ðà­þò­ñÿ âñå ñëó­÷àè óïî­ìè­íà­íèÿ ñîáà­êè (κύων, σκύ­λαξ). Àâòîð ïðè­õî­äèò ê âûâî­äó, ÷òî äàí­íàÿ ìåòà­ôî­ðà áûëà ïîä­õî­äÿ­ùåé, ÷òîáû ïîä­äåð­æè­âàòü äâó­ñìûñ­ëåí­íîñòü ñàìîé ïîý­ìû.


ñ.389 L’une des ca­rac­té­ris­ti­ques prin­ci­pa­les du poè­me obscur de Ly­coph­ron, l’Ale­xandra, ré­si­de dans le trai­te­ment par­ti­cu­lier des noms prop­res, qu’ils soient to­po­ny­mes, théo­ny­mes ou anthro­po­ny­mes: pour la majeu­re par­tie d’entre eux en ef­fet, les noms prop­res sont évi­tés par le poè­tes et rempla­cés par des descrip­tions dé­fi­nies plus ou moins alam­bi­quées ou des mé­tap­ho­res liées sou­vent à un épi­so­de plus ou moins con­nu ti­rés de la vie de ces per­son­na­ges ou lié aux lieux de l’ac­tion1. Par voie de con­sé­quen­ce, l’ab­sen­ce fré­quen­te de noms prop­res expli­ci­tes dans le tex­te de Ly­coph­ron, en tant que mo­de de dé­sig­na­tion dé­tac­hé de tout con­tex­te, rend la dé­no­mi­na­tion d’un per­son­na­ge ou d’un lieu la­bi­le et instab­le: les noms prop­res se mo­di­fient pour un même ré­fé­rent en fonction du con­tex­te même de leur uti­li­sa­tion. Ces dé­tour­ne­ments ono­mas­ti­ques sont bien sûr loin d’être sans in­térêt pour le poè­te en ce­ci qu’ils par­ti­ci­pent à la fois de la con­struc­tion dis­con­ti­nue du sens et de la plas­ti­ci­té du sig­ni­fiant poé­ti­que. Mais, pour le «simple» lec­teur, ces dé­tour­ne­ments ono­mas­ti­ques sont des obstac­les à l’iden­ti­fi­ca­tion des per­son­na­ges et des lieux, obstac­les plus ou moins dif­fi­ci­les à fran­chir puis­qu’ils re­lè­vent de l’énig­me et doi­vent a prio­ri revêtir un as­pect lu­di­que.

Un prin­ci­pe co­rol­lai­re à cet­te insta­bi­li­té de la dé­no­mi­na­tion est la po­ly­sé­mie intro­dui­te par la mé­tap­ho­re (sur­tout ani­ma­le) qui est dans l’oeuv­re de Ly­coph­ron l’un des moyens les plus employés pour rempla­cer le nom prop­re. Dans la me­su­re où en ef­fet une mé­tap­ho­re ani­ma­le n’est pas at­ta­chée à un ré­fé­rent in­di­vi­duel uni­que, il de­vient pos­sib­le pour un sig­ni­fiant mé­tap­ho­ri­que de ren­voyer à plu­sieurs per­son­na­ges qui peu­vent par­ta­ger des qua­li­tés iden­ti­ques leur va­lant cet­te même dé­sig­na­tion mé­tap­ho­ri­que. On peut pour me­su­rer les ef­fets de cet­te pra­ti­que poé­ti­que prendre l’exemple du chien qui est l’un des ani­maux les plus ci­tés du poè­me avec trei­ze oc­cur­ren­ces.

Pour com­men­cer, on peut pas­ser as­sez vi­te sur deux oc­cur­ren­ces du ter­me κύων qui semblent ne pas être vé­ri­tab­le­ment mé­tap­ho­ri­ques et qui ne semblent pas ren­voyer à un nom prop­re (à moins que not­re lec­tu­re du tex­te énig­ma­ti­que ne soit ici dé­fail­lan­te); ce sont les deux oc­cu­ren­ces qui dé­sig­nent le monstre ma­rin en­voyé par Po­séi­don pour châtier Lao­mé­don et dé­vo­rer la jeu­ne Hé­sio­nè. La pre­miè­re oc­cur­ren­ce est ce­pen­dant as­sez re­mar­quab­le, car el­le ap­pa­raît au tout dé­but de la pro­phé­tie de Cas­sandre, dès la pre­miè­re phra­se, dans une as­so­cia­tion avec un lion, lui mé­tap­ho­ri­que, qui rep­ré­sen­te Hé­rac­lès; cet­te as­so­cia­tion instal­le un cer­tain troub­le ini­tial puis­que les noms re­le­vant du même re­gistre ani­mal ne sont pas tous à ñ.390 comprendre de la même ma­niè­re; le chien vient donc per­tur­ber la lec­tu­re que l’on peut fai­re du lion (vers 32—34)2:


καὶ πρόσ­θε μὲν πεύκῃ­σιν οὐλα­μηφό­ροις
τριεσ­πέ­ρου λέον­τος, ὅν πο­τε γνά­θοις
Τρί­τωνος ἠμά­λαψε κάρ­χα­ρος κύων
.

«…Aut­re­fois aus­si par les pins por­te-trou­pes
Du lion des trois soirs, qu’entre ses mâchoi­res, un jour,
Le chien aux crocs acé­rés de Tritôn éli­mi­na3».


D’un tri­mèt­re à l’aut­re, le zoo­ny­me mé­tap­ho­ri­que ac­com­pag­né d’une épi­thè­te obscu­re s’op­po­se au zoo­ny­me prop­re qua­li­fié par une épi­thè­te concrè­te; l’emploi prop­re semble ve­nir se sub­sti­tuer à l’emploi mé­tap­ho­ri­que, à l’ima­ge de l’éli­mi­na­tion évo­quée par le tex­te poé­ti­que. Mais la mi­se en re­la­tion du prop­re et du mé­tap­ho­ri­que dans l’ac­tion même ac­complie par le chien de Tri­ton instau­re un troub­le dans la lec­tu­re pour la dé­li­mi­ta­tion pré­ci­se des sphè­res de l’hu­main, de l’ani­mal et du monstrueux: ce­la re­met en ques­tion la men­tion fi­na­le de ce chien, qui pour­rait bien être plus mé­tap­ho­ri­que qu’il n’en a l’air.

Si l’on con­si­dè­re tou­te­fois qu’il n’y a pas de mé­tap­ho­re pseu­do­ny­me ici, on est un peu plus gêné, lorsque l’on pas­se au re­gistre in­ter­mé­diaire (entre le monstre et l’hu­main) de la fem­me — re­gistre in­ter­mé­diaire jus­te­ment par­ce que son pre­mier spé­ci­men par­ti­ci­pe lui-même à la fois de l’hu­main et du monstrueux. Il s’agit deux aut­res oc­cur­ren­ces qui ser­vent à dé­sig­ner Scyl­la, la fil­le de Phor­cys, aut­re monstre ma­rin, mi-ani­mal mi-fem­me. La pre­miè­re oc­cur­ren­ce est si­tuée aux vers 44—46:


ὁ τὴν θα­λάσ­σης Αὐσο­νίτι­δος μυ­χοὺς
στε­νοὺς ὀπι­πεύουσαν ἀγριαν κύ­να
κτα­νὼν ὑπὲρ σπή­λυγ­γος ἰχθυωμέ­νην,
ταυ­ροσ­φά­γον λέαιναν
.

«— Lui, cel­le qui de la mer auso­nien­ne scru­tait
Les ét­roits tré­fonds, la chien­ne sau­va­ge
Qui pêchait du haut de sa grot­te, il la tua,
La lion­ne égor­geu­se de tau­reaux…».


La dif­fé­ren­ce entre cet exemple et le pré­cé­dent est que le monstre en ques­tion a cet­te fois un nom bien con­nu qui est dé­li­bé­ré­ment lais­sé de côté. Tou­te­fois, il est pos­sib­le que ce nom prop­re ab­sent soit pré­sent «sous les mots» se­lon une pra­ti­que anag­ram­ma­ti­que as­sez com­mu­ne dans le tex­te de Ly­coph­ron4. En ef­fet la struc­tu­re syn­ta­xi­que em­boîtan­te du pas­sa­ge lais­se à pen­ser qu’il y a une con­struc­tion par­ti­cu­liè­re de la ma­tiè­re poé­ti­que; il se ñ.391 pour­rait bien en ef­fet que le nom de Scyl­la (ΣΚΥΛΛΑ), tout en étant ab­sent, ser­ve de «man­ne­quin» à ce qui pour­rait être un cryp­tog­ram­me thé­ro­ny­mi­que:


ὁ τὴν θα­λάσ­σης Αὐσο­νίτι­δος μυ­χοὺς
Στε­νοὺς ὀπι­πεύουσαν ἀγρίαν ΚΎνα
Κτα­νὼν Ὑπὲρ σπήΛυγ­γος ἰχθυωμέ­νην,
ταυ­ροσ­φά­γον ΛέαινΑν
.

C’est bien là en ef­fet un man­ne­quin par­fait du cryp­tog­ram­me et une ré­so­lu­tion or­don­née de l’anag­ram­ma­ti­sa­tion, même si el­le a lieu en deux temps avec la ré­pé­ti­tion ini­tia­le (Σ-ΚΥ-ΚΥΛΛΑ). Aus­si faut-il bien voir ici dans l’uti­li­sa­tin de κύων un cas de pseu­do­ny­me mé­tap­ho­ri­que, même si on n’est pas très loin ici de la descrip­tion dé­fi­nie étant don­née l’abon­dan­ce des dé­tails qui vien­nent pré­ci­ser ce que fait cet­te «chien­ne»5. La pré­sen­ce du cryp­tog­ram­me est bien la mar­que de cet­te va­leur pseu­do­ny­mi­que. Il est pro­bab­le que la ré­fé­ren­ce au chien ait été sug­gé­rée par la pa­ro­ny­mie entre Scyl­la et σκύ­λαξ qui dé­sig­ne sou­vent le jeu­ne chiot6 et qui est peut-être d’ordre éty­mo­lo­gi­que7.

Un se­cond élé­ment me semble de­voir être ici re­te­nu: c’est l’as­so­cia­tion de deux ani­maux pour par­ve­nir à nom­mer et / ou déc­ri­re le per­son­na­ge de Scyl­la, com­me si le pre­mier était in­suf­fi­sant. De fait, du point de vue de l’anag­ram­me, le seul ter­me κύων est in­suf­fi­sant (d’où l’ef­fet de ré­pé­ti­tion). L’in­suf­fi­san­ce tient aus­si à la na­tu­re même du ré­fé­rent: il s’agit d’un per­son­na­ge monstrueux, hyb­ri­de8 qui ne peut donc se lais­ser, même mé­tap­ho­ri­que­ment, en­fer­mer dans un seul ani­mal; il y a donc, par le biais de l’ap­po­si­tion, une hyb­ri­da­tion qui s’opè­re entre la chien­ne et la lion­ne pour di­re plus jus­te­ment le per­son­na­ge sans le nom­mer. Ce fai­sant, nous re­tom­bons de la mé­tap­ho­re pseu­do­ny­me dans la descrip­tion dé­fi­nie, puis­que la mé­tap­ho­re, nor­ma­le­ment glo­ba­li­san­te même si el­le est in­suf­fi­san­te, ne suf­fit pas ici à di­re «Scyl­la»; il y a une sor­te d’in­te­rac­tion neut­ra­li­san­te entre l’anag­ram­ma­ti­sa­tion et la mé­tap­ho­re pseu­do­ny­me. D’ail­leurs, on re­mar­que que l’on pour­rait suppri­mer le ter­me κύ­να du sché­ma anag­ram­ma­ti­que et que le cryp­tog­ram­me pour­rait néan­moins être res­ti­tué.

La si­tua­tion est un peu dif­fé­ren­te avec la se­con­de oc­cur­ren­ce (vers 668—669):


ποία Χά­ρυβ­δις οὐχὶ δαίσε­ται νεκ­ρῶν;
ποία δ᾿ Ἐρι­νύς, μι­ξοπάρ­θε­νος κύων.

«Quel­le Cha­ryb­de ne fes­toye­ra pas sur leurs ca­dav­res?
Quel­le Eri­nye, chien­ne mêlée de nym­phe?».


ñ.392 Dans ce pas­sa­ge, une op­po­si­tion se met d’emblée en pla­ce: ony­mat / pseu­do­ny­mat. En ef­fet Cha­ryb­de est nom­mée par son nom prop­re, com­me el­le le se­ra à nou­veau au vers 743. Scyl­la, qui lui est toujours as­so­ciée, ne su­bit pas le même sort: au contrai­re, deux équi­va­len­ces suc­ces­si­ves sont ici pro­po­sées; la pre­miè­re est un pseu­do­ny­me théo­ny­mi­que, Ἐρι­νύς, ser­vant sou­vent à dé­sig­ner tou­te sor­te de di­vi­ni­té in­fer­na­le aut­re que l’Eri­nye el­le-même9. Mais ce pre­mier sub­sti­tut est im­par­fait: car il est pa­ra­do­xa­le­ment impré­cis et sour­ce de con­fu­sion trop gran­de dans son as­so­cia­tion même à «Cha­ryb­de». Il ne s’agit pas en ef­fet de for­mer un nou­veau coup­le (au ris­que de «tom­ber de Cha­ryb­de en Eri­nye»), mais bien de ren­voyer à Scyl­la; la so­lu­tion pro­po­sée par Ly­coph­ron est ici l’ap­po­si­tion d’un se­cond pseu­do­ny­me, mé­tap­ho­ri­que et re­le­vant du mon­de ani­mal, qui ren­voie à la pre­miè­re men­tion de Scyl­la dans le tex­te (cf. sup­ra) et don­ne vé­ri­tab­le­ment la clé du pre­mier pseu­do­ny­me; l’adjec­tif μι­ξοπάρ­θε­νος qui ac­com­pag­ne ici le ter­me κύων est bien ve­nu pour dé­sig­ner le ca­rac­tè­re hyb­ri­de du per­son­na­ge (ain­si que ce­lui de sa dé­sig­na­tion); ce ter­me re­doub­le, et complè­te de ma­niè­re op­po­sée, une pré­cé­den­te qua­li­fi­ca­tion don­née au vers 650 de la même Scyl­la: μι­ξόθηρ. Il faut vrai­ment al­ler cher­cher aux quat­re coins du tex­te les élé­ments qui per­met­tent de re­con­sti­tuer le per­son­na­ge ré­fé­rent ain­si que son nom.

Cet exemple est donc tout à fait ré­vé­la­teur du fonction­ne­ment de la mé­tap­ho­re pseu­do­ny­mi­que dans le tex­te de Ly­coph­ron: ce phé­no­mè­ne de sub­sti­tu­tion des noms prop­res ob­li­ge le lec­teur à une lec­tu­re ac­ti­ve et ma­ni­pu­lat­ri­ce du tex­te; le tex­te éc­lai­re le tex­te et il faut une cir­cu­la­tion con­stan­te pour ré­tab­lir les noms sous les mots.

Deux aut­res per­son­na­ges (vrai­ment) fé­mi­nins sont nom­més par la mé­tap­ho­re du κύων. Le pre­mier est, bien sûr, Hé­lè­ne (vers 86—87)10:


Λεύσ­σω θέον­τα γρυ­νὸν ἐπτε­ρωμέ­νον
τρή­ρωνος εἰς ἅρπαγ­μα, Πεφ­ναίας κυ­νός
.

«Je vois cou­rir un bran­don ailé
Vers le rapt de la ra­miè­re, de la chien­ne de peph­naïen­ne…».


La même dé­sig­na­tion est rep­ri­se aux vers 850—851:


Καὶ πάν­τα τλή­σεθ᾿ εἵνεκ᾿ Αἰγύας κυ­νὸς
τῆς θη­λύπαι­δος καὶ τριάνο­ρος κό­ρης
.

«Et tout ce­la, il le sup­por­te­ra pour la chien­ne aïgyen­ne
Pour la fil­le tri­ga­me aux en­fants fe­mel­les».


Deux re­mar­ques doi­vent être fai­tes à pro­pos de la pre­miè­re oc­cur­ren­ce: tout d’abord, com­me dans le cas de Scyl­la, une doub­le mé­tap­ho­re, met­tant en œuv­re une hyb­ri­da­tion mé­tap­ho­ri­que, es­saie de di­re quel­que cho­se d’in­di­cib­le du per­son­na­ge ré­fé­rent dont le nom res­te ca­ché; ces re­doub­le­ments mé­tap­ho­ri­ques peu­vent lais­ser en­tendre que, malgré tout, le nom prop­re a peut-être du bon dans l’éco­no­mie de la lan­gue. Mais ñ.393 c’est aus­si in­di­quer que le per­son­na­ge ne peut se ré­dui­re jus­te­ment à un simple nom; la mé­tap­ho­re, dans son appro­xi­ma­tion poé­ti­que, pour­rait suf­fi­re pour nom­mer, même de ma­niè­re glo­ba­li­san­te et im­par­fai­te, le per­son­na­ge; mais ce per­son­na­ge est pré­sen­té dans un con­tex­te; il n’est pas qu’un nom que l’on peut intro­dui­re en tou­te fa­ci­li­té dans un ré­cit; il a une épais­seur que la mé­tap­ho­re re­doub­lée ten­te, peut-être im­par­fai­te­ment, de rendre, là où le nom prop­re res­te­rait pu­re­ment con­ven­tion­nel.

Hé­lè­ne est donc ici à la fois co­lom­be et chien­ne: les deux noms se font éc­hos aux deux extré­mi­tés du vers. L’as­so­cia­tion des deux ani­maux ap­pel­le une se­con­de re­mar­que: si la co­lom­be con­no­te aisé­ment la fé­mi­ni­té dans ce qu’el­le a de fra­gi­le et de vul­né­rab­le (no­tam­ment lorsqu’el­le est pré­sen­tée com­me une proie), ain­si que la pu­re­té de la blan­cheur, il semble a prio­ri que la chien­ne in­vi­te à de tout aut­res conclu­sions; on sait en ef­fet quel usa­ge péjora­tif est fait de l’ani­mal de­puis Ho­mè­re11; tou­te­fois, il faut gar­der ici une cer­tai­ne pru­den­ce, car cet­te chien­ne est qua­li­fiée de Péph­naïen­ne, c’est-à-di­re ori­gi­nai­re d’une lo­ca­li­té de La­co­nie, Péph­nos. Or les chien­nes de La­co­nie avaient une ex­cel­len­te ré­pu­ta­tion, com­me le rap­pel­lent di­vers auteurs12. Mais il faut peut-être aus­si re­voir en sens in­ver­se les con­no­ta­tions at­ta­chées à la co­lom­be qui semble bien aus­si pou­voir évo­quer une pros­ti­tuée et donc être autant péjora­ti­ve que la chien­ne13.

Mais l’am­bi­guïté est le­vée par la se­con­de oc­cur­ren­ce: cer­tes Hé­lè­ne y est qua­li­fiée de «chien­ne d’Aigys» du nom d’une aut­re ci­té de La­co­nie, mais l’ap­po­si­tion du vers sui­vant ote tout dou­te quant à la va­leur péjora­ti­ve de la mé­tap­ho­re ani­ma­le: cel­le qui mul­tip­lie les époux ne peut pas être aut­re cho­se qu’une fil­le de mau­vai­se vie14!

Il n’y a pas ce­pen­dant que les fem­mes qui soient dé­sig­nées par le ter­me κύων dans le poè­me de Ly­coph­ron. Les hom­mes peu­vent l’être éga­le­ment, mais, cu­rieu­se­ment, c’est toujours ici au plu­riel. Dans un pre­mier cas, ce plu­riel ne rep­ré­sen­te que deux per­son­nes (vers 439—441):



ñ.394
Δοιοὶ δὲ ῥείθ­ρον Πυ­ρά­μου πρὸς ἐκβο­λαῖς
αὐτοκ­τό­νοις σφα­γαῖσι Δη­ραίνου κύ­νες
δμη­θέν­τες
«Deux chiens de Dé­raïnos, vers l’em­bou­chu­re
Des cou­rants du Py­ra­me, domptés
En égor­ge­ments ré­cip­ro­ques, dar­de­ront leur ul­ti­me cri…».

Il s’agit ici de deux pro­phè­tes ou de­vins ap­pe­lés «chiens de Dè­raïnos», c’est-à-di­re d’Apol­lon, nom­mé d’ap­rès un lieu de cul­te si­tué près d’Ab­dè­re en Thra­ce, soit par­ce qu’ils étaient les in­terprè­tes fi­dè­les du dieu, com­me un bon chien qui suit son maître, soit à cau­se de leur que­rel­le frat­ri­ci­de, qui n’est pas sans rap­pe­ler cel­le d’Etéoc­le et Po­ly­ni­ce. Il s’agit des deux fils de Mantô15, Mop­sos et Am­phi­lo­chos: en prin­ci­pe, seul le pre­mier est fils d’Apol­lon; le se­cond est fils d’Alcméon. L’as­so­cia­tion de deux noms prop­res dans un plu­riel col­lec­tif est fa­ta­le au nom prop­re ain­si qu’à l’iden­ti­té, à la vie prop­re des per­son­na­ges.

Les aut­res exemples où des hom­mes sont impli­qués et dé­sig­nés mé­tap­ho­ri­que­ment com­me κύ­νες, sont col­lec­tifs. Il s’agit soit des Ac­héens (vers 581 et 1266), soit des Phé­ni­ciens (vers 1291). Ces oc­cur­ren­ces nous entraîne­raient trop loin pour not­re pro­pos. Mais il res­te en­co­re deux cas as­sez surpre­nants, où la mé­tap­ho­re ani­ma­le pseu­do­ny­me sert non plus de sub­sti­tut anthro­po­ny­mi­que, mais mé­téo­ro­lo­gi­que et to­po­ny­mi­que. Il s’agit tout d’abord d’un vent de Thra­ce (vers 924—926):


οὓς τῆ­λε Θερ­μύδρου τε Καρ­πά­θου τ᾿ ὀρῶν
πλά­νη­τας αἴθων θρασ­κίας πέμ­ψει κύων,
ξέ­νην ἐποική­σον­τας ὀθνείαν χθό­να
.

«(les chefs rho­diens)
que, loin de Ther­myd­ron et des monts de Car­pa­thos,
L’ar­dent chien Thras­kias en­ver­ra co­lo­ni­ser,
Er­rants, un loin­tain pays ét­ran­ger».


On voit aus­sitôt la dif­fé­ren­ce de trai­te­ment entre les per­son­na­ges pré­cé­dents et le pré­sent phé­no­mè­ne mé­téo­ro­lo­gi­que: dans ce der­nier cas, l’ima­ge ani­ma­le ne vient pas se sub­sti­tuer au nom prop­re qui est don­né et in­di­que en même temps une ori­gi­ne géog­ra­phi­que16. Il me semble que la rai­son de cet­te dif­fé­ren­ce est le re­cours à un phé­no­mè­ne de per­son­ni­fi­ca­tion du vent, déc­rit com­me un guer­rier17 à la descrip­tion du­quel est emprun­tée la dé­sig­na­tion αἴθων κύων qui neut­ra­li­se fi­na­le­ment la sub­sti­tu­tion pseu­do­ny­mi­que.

Le se­cond exemple con­cer­ne un fleu­ve pour le­quel il n’y a plus de mé­tap­ho­re, mais une mé­ta­mor­pho­se en chien (vers 961—962):


῟Ων δὴ μίαν Κρι­μισός, ἰνδαλ­θεὶς κυ­νί,
ἔζευ­ξε λέκτροις πο­ταμός
.

«Oui, el­les dont sous la res­semblan­ce d’un chien, Kri­mis­sos,
Le fleu­ve, sou­mit l’une en ses cou­ches».


ñ.395 Dans cet exemple, on con­sta­te que Ly­coph­ron re­fu­se expli­ci­te­ment de re­cou­rir à la mé­tap­ho­re qui était pour­tant pos­sib­le. Le par­ti­ci­pe ἰνδαλ­θεὶς ren­voie l’ima­ge du chien à el­le-même, et l’ana­lo­gie ani­ma­le n’a plus qu’une va­leur de transfor­ma­tion d’ap­pa­ren­ce, sans en­ga­ger aucu­ne­ment une dé­no­mi­na­tion.

Ces deux der­niers exemples où le pseu­do­ny­me mé­tap­ho­ri­que est lais­sé dé­li­bé­ré­ment de côté met­tent en ques­tion le sta­tut du nom prop­re: un to­po­ny­me a-t-il vrai­ment le même sta­tut qu’un anthro­po­ny­me? Car, pour­quoi le jeu pseu­do­ny­mi­que n’est-il pos­sib­le qu’avec les noms de per­son­ne? Est-ce lié au fait que seu­les les per­son­nes sont sus­cep­tib­les de se mo­di­fier et de n’être plus adé­qua­tes au nom qu’el­les por­tent, par op­po­si­tion à une (plus gran­de) per­ma­nen­ce des lieux?

Pour en fi­nir avec le chien, il faut prendre en compte le ter­me σκύ­λαξ18 qui con­cur­ren­ce κύων no­tam­ment pour les dé­sig­na­tions mé­tap­ho­ri­ques de per­son­na­ges mas­cu­lins. La pre­miè­re oc­cur­ren­ce con­cer­ne néan­moins en­co­re une fem­me (vers 314—315):


Οἴμοι δυ­σαίων, καὶ διπ­λᾶς ἀηδό­νας
καὶ σὸν, τά­λαινα, πότ­μον αἰάζω, σκύ­λαξ
.

«Oh, mal­heur de ma vie! sur deux ros­sig­nols
Et sur ton sort je me la­men­te, pauv­re chien­ne».


On ret­rou­ve dans cet exemple un phé­no­mè­ne de mé­ta­mor­pho­se qui dé­bou­che, contrai­re­ment à l’exemple du fleu­ve pré­cé­dent, sur une mé­tap­ho­re pseu­do­ny­me. Il s’agit en ef­fet d’Hé­cu­be qui fut la­pi­dée pour avoir aveug­lé le roi thra­ce Po­lym­nes­tor, puis fut mé­ta­mor­pho­sée en chien­ne; cet épi­so­de de mé­ta­mor­pho­se n’est pas ab­sent du tex­te de Ly­coph­ron, mais il est rap­por­té plus loin (vers 334: Μαίρας ὅταν φαιουρὸν αλ­λάξῃς δο­μήν) moyen­nant le nom prop­re de la chien­ne d’Eri­go­né, Mai­ra. Ici, par an­ti­ci­pa­tion, c’est bien la mé­tap­ho­re pseu­do­ny­me qui est employée et qui ne se­ra jus­ti­fiée donc que par la sui­te du tex­te. La trip­le apostro­phe a ici une va­leur prog­ram­ma­ti­ve et pro­lep­ti­que: Cas­sandre com­men­ce par lan­cer une la­men­ta­tion sur ses deux soeurs, Lao­di­cè et Po­ly­xè­ne, ain­si que sur sa mè­re, avant d’évo­quer le sort qui leur se­ra ré­ser­vé. Ce rap­port entre pseu­do­ny­me mé­tap­ho­ri­que et his­toi­re per­son­nel­le lais­se en­tendre que tout nom a la va­leur d’un ré­cit, d’un mic­ro-ré­cit se­lon le ter­me de C. Ca­la­me19: ici ce n’est pas la mé­ta­mor­pho­se en chien­ne qui est un mal­heu­reux des­tin, mais ce qui pré­cè­de et que dé­sig­ne sans entrer dans les dé­tails le simple ter­me πότ­μον. On re­mar­que que les deux dé­sig­na­tions mé­tap­ho­ri­ques (le ros­sig­nol et la chien­ne) se font éc­ho à la clau­su­le du vers de ce dis­ti­que: cu­rieu­se fa­mil­le que cel­le où une chien­ne don­ne nais­san­ce à des ros­sig­nols, tan­dis que Cas­sandre se pré­sen­te­ra pour fi­nir com­me une hi­ron­del­le (vers 1460)20.

Le ter­me σκύ­λαξ est d’ail­leurs employé dans un vers qui a une for­te puis­san­ce mu­si­ca­le et la mul­tip­li­ca­tion des diph­ton­gues pro­duit une plain­te ñ.396 tout au long du tri­mèt­re, plain­te qui trou­ve sa conclu­sion dans l’apostro­phe fi­na­le.

Le der­nier exemple con­cer­ne un hom­me, qui est en lien di­rect avec le fleu­ve Kri­mis­sos que nous avons déjà ren­contré plus haut à pro­pos de la mé­ta­mor­pho­se en chien. Le pas­sa­ge ici fait im­mé­dia­te­ment sui­te à ce­lui ci­té plus haut (vers 962—964):


ἡ δὲ δαί­μο­νι
τῷ θη­ρομίκ­τῳ σκύ­λακα γεν­ναῖον τεκ­νοῖ,
τρισ­σῶν συ­νοικισ­τῆ­ρα καὶ κτίσ­την τό­πων
.

«el­le, pour ce gé­nie
Mêlé de bête, en­fan­te d’un chiot bien-né,
Co­lo­ni­sa­teur et fon­da­teur de trois lieux».


Ce fils dé­sig­né par la mé­tap­ho­re du chien est Eges­te, le fon­da­teur de la vil­le de Sé­ges­te en Si­ci­le. Le re­fus de la mé­tap­ho­re pseu­do­ny­me pour le pè­re flu­vial s’opè­re donc à la gé­né­ra­tion sui­van­te pour son fils: Ly­coph­ron joue ici ha­bi­le­ment du sens se­con­dai­re fré­quent du ter­me σκύ­λαξ qui peut dé­sig­ner aus­si un en­fant, mais il est nor­mal que le pè­re mé­ta­mor­pho­sé en chien don­ne nais­san­ce à un chiot. Il est as­sez pro­bab­le que la mic­ro-bio­gra­phie que don­ne l’ap­po­si­tion du vers 964 (συ­νοικισ­τῆ­ρα καὶ κτίσ­την), avec l’in­sis­tan­ce sur le grou­pe στη, ser­ve à complé­ter l’anag­ram­ma­ti­sa­tion du nom d’Eges­te dans ces vers; le nom fé­mi­nin de la mè­re d’Eges­te, ap­pa­raît à l’in­ci­pit du vers 968 pour don­ner de l’éc­ho au nom qui n’est ici que sug­gé­ré21.

L’ima­ge du chien per­met donc d’avoir une vi­sion as­sez complè­te de la ma­niè­re dont Ly­coph­ron se sert des ani­maux dans son poè­me pour sou­te­nir l’am­bi­guïté et la ri­ches­se du dis­cours poé­ti­que. Si cer­tai­nes oc­cur­ren­ces con­ti­nuent de ren­voyer au ré­fé­rent ani­mal, le plus sou­vent, sans aucu­ne dis­tinction par­ti­cu­liè­re, le zoo­ny­me a une va­leur mé­tap­ho­ri­que qui lui vaut d’être le sub­sti­tut d’un nom prop­re, le plus sou­vent d’un anthro­po­ny­me: c’est alors le con­tex­te, en gran­de par­tie el­lip­ti­que, qui per­met de jus­ti­fier la mé­tap­ho­re pseu­do­ny­me. Cet­te pra­ti­que liant la dé­sig­na­tion à un con­tex­te s’op­po­se à la dé­sig­na­tion ri­gi­de du nom prop­re dé­tac­hée de tout con­tex­te et exempte de tou­te va­ria­tion tem­po­rel­le. Au contrai­re, la mé­tap­ho­re ani­ma­le n’est jamais arrêtée ni par­ti­cu­la­ri­sée; el­le est toujours sus­cep­tib­le d’être appli­quée à tel ou tel in­di­vi­du. Le chien, fi­dè­le ami de l’hom­me com­me on sait, se ca­rac­té­ri­se aus­si spé­cia­le­ment par son ap­ti­tu­de à chan­ger de maître ono­mas­ti­que en tou­te oc­ca­sion.

ÏÐÈÌÅ×ÀÍÈß


  • 1Sur ces ques­tions de dé­tour­ne­ment du nom prop­re, cf. C. Cus­set, «Le bes­tiai­re de Ly­coph­ron: entre chien et loup», Anthro­po­zoo­lo­gi­ca, 33—34, 2001, p. 61—72; id., «Dit et non-dit dans l’Ale­xandra de Ly­coph­ron», in M. A. Har­der, R. F. Reg­tuit, G. C. Wak­ker (ed.), Beyond the Ca­non, (Hel­le­nis­ti­ca Gro­nin­ga­na, 11) Lou­vain—Pa­ris, 2006, p. 43—60; id., «Le dé­tour­ne­ment des noms prop­res chez Ly­coph­ron», La­lies 27, 2007 (à pa­raître); E. Sis­ta­kou, «Brea­king the na­me co­des in Ly­coph­ron’s Ale­xandra» in C. Cus­set et E. Prioux (ed.), Ly­coph­ron: éc­lats d’obscu­ri­té, Saint-Etien­ne (à pa­raître).
  • 2Nous lais­sons ici de côté la se­con­de oc­cur­ren­ce au vers 471 qui n’ap­por­te rien d’aut­re que l’épi­thè­te γλαῦκος ren­voyant le «chien» au mon­de ma­rin: d’une cer­tai­ne ma­niè­re, c’est pour­tant in­di­quer que le ter­me κύων ne dé­sig­ne pas un chien au sens ha­bi­tuel du ter­me.
  • 3Les tra­duc­tions sont de C. Chau­vin.
  • 4Cf. les re­cher­ches que j’ai me­nées à ce sujet dans «Le bes­tiai­re de Ly­coph­ron: entre chien et loup», Anthro­po­zoo­lo­gi­ca, 33—34, 2001, p. 61—72 et les pro­pos théo­ri­ques sur les anag­ram­mes dans J. Sta­ro­binski, Les mots sous les mots. Les anag­ram­mes de Fer­di­nand de Saus­su­re, Pa­ris, 1971 et F. Ba­der, Anag­ram­mes et al­li­té­ra­tions, Pa­ris-Lou­vain, 1993.
  • 5On re­mar­que que ces dif­fé­rents qua­li­fi­ca­tifs (adjec­tifs et par­ti­pi­ces: ὀπι­πεύουσαν, ἀγρίαν, ἰχθυωμέ­νην, ταυ­ροσ­φά­γον) res­tent ex­té­rieurs à la ré­so­lu­tion de l’anag­ram­me.
  • 6Voir les exemples ci-ap­rès de ce mot chez Ly­coph­ron.
  • 7Ce lien a été pro­po­sé dès l’An­ti­qui­té et se trou­ve as­sez expli­ci­te­ment chez Ho­mè­re (Odys­sée, 12, 85 sqq.): voir C. Ca­la­me, Le ré­cit en Grè­ce an­cien­ne, Pa­ris, 2000 (2e ed.), p. 243. Ce lien éty­mo­lo­gi­que n’est pas re­mis en cau­se par P. Chantrai­ne (DELG, 1999, s. v. σκύ­λαξ), qui ne don­ne néan­moins pas de jus­ti­fi­ca­tion de cet­te éty­mo­lo­gie. On pour­rait étab­lir aus­si un rappro­che­ment avec le ver­be σκύλ­λω «dé­chi­rer».
  • 8Voir la se­con­de oc­cur­ren­ce ci-ap­rès et le com­po­sé μι­ξόθη­ρος qui dé­sig­ne Scyl­la au vers 650.
  • 9C’est par exemple le cas pour la Sphin­ge dans les Phé­ni­cien­nes d’Euri­pi­de, vers 1018—1029 (pas­sa­ge auquel Ly­coph­ron semble emprun­ter quel­ques élé­ments ici). Cf. A. Hurst, G. Pa­dua­no, M. Fu­sil­lo, Li­cof­ro­ne. Ales­sandra, Mi­lan, 1991, p. 234.
  • 10Voir déjà sur ce pas­sa­ge C. Cus­set, art. cit., 2001, p. 69.
  • 11Cf. Ilia­de 3, 180; 6, 344, 356 etc. Voir A. Schnapp-Gour­beil­lon, Lions, hé­ros, mas­ques. Les rep­ré­sen­ta­tions de l’ani­mal chez Ho­mè­re, Pa­ris, 1981, p. 161—169.
  • 12Cet­te re­mar­que est emprun­tée à G. Lam­bin, L’Ale­xandra de Ly­coph­ron, Ren­nes, 2005, p. 51, n. 39, qui ci­te, Pin­da­re, fr. 106 SM, So­phoc­le Ajax, 7—8, Aris­to­te, His­toi­re des Ani­maux, 608a 27—28, Cal­li­ma­que Hym­ne à Ar­té­mis, 93—97.
  • 13Cf. V. Gi­gan­te Lan­za­ra, Li­cof­ro­ne. Ales­sandra, Mi­lan, 2000, no­te au vers 131, p. 210, qui sou­lig­ne bien le ca­rac­tè­re am­bi­gu de cet­te mé­tap­ho­re.
  • 14C’est d’ail­leurs la même ca­rac­té­ris­ti­que de l’in­fi­dé­li­té qui fait trai­ter un se­cond per­son­na­ge fé­mi­nin de «chien­ne». Il s’agit d’Aiga­leia, l’épou­se adul­tè­re de Dio­mè­de (vers 610—613):


    Τροιζη­νίας δὲ τραῦμα φοιτά­δος πλά­νης
    ἔσται κα­κῶν τε πη­μάτων πα­ραίτιον,
    ὅταν θρα­σεῖα θου­ρὰς οἰστρήσῃ κύων
    πρὸς λέκτρα
    .

    «La bles­su­re de la Tré­zé­nien­ne se­ra d’une er­ran­ce éga­rée
    Et de pé­nib­les maux, pour une part, la cau­se,
    Quand une im­pu­den­te cou­reu­se se pi­que­ra, la chien­ne,
    De cou­che­ries».


    A l’évi­den­ce il y a dans ce pas­sa­ge un tra­vail sur l’as­so­nan­ce du grou­pe tr / qr avec con­sti­tu­tion d’un in­ven­tai­re pho­no­lo­gi­que im­por­tant. La rai­son de ce tra­vail poé­ti­que n’ap­pa­raît pas en­co­re. Y a-t-il une évo­ca­tion de la vil­le de Troie où Dio­mè­de avait osé frap­per la dées­se pen­dant une ba­tail­le (cf. Ilia­de, 5, 534—340)? Il ne semble pas y avoir de rap­port avec le nom de Dio­mè­de, ni avec ce­lui de sa fem­me. Sur la tra­di­tion con­cer­nant la fem­me de Dio­mè­de, voir A. Hurst, G. Pa­dua­no, M. Fu­sil­lo, op. cit., p. 226.

  • 15Mantô est la fil­le de Ti­ré­sias.
  • 16C’est donc une sor­te de to­po­ny­me mé­téo­ro­lo­gi­que (ou un mé­téo­ro­ny­me fon­dé sur le lieu).
  • 17Cf. V. Gi­gan­te Lan­za­ra, op. cit., p. 357.
  • 18C’est en ef­fet pour dé­sig­ner le jeu­ne chien que ce ter­me est en gé­né­ral employé, no­tam­ment chez Ho­mè­re: Odys­sée, 9, 289; 12, 86 etc.
  • 19C. Ca­la­me, op. cit., p. 243.
  • 20Voir les exemples d’hyb­ri­da­tion sup­ra.
  • 21Le der­nier exemple du ter­me σκύ­λαξ est plus prob­lé­ma­ti­que (vers. 991—992):


    ὅταν θα­νὼν λῃταρ­χος ἱερείας σκύ­λαξ
    πρῶ­τος κε­λαινῷ βω­μὸν αἱμάζῃ βρό­τῳ
    .

    En ef­fet l’iden­ti­fi­ca­tion du per­son­na­ge n’est pas cer­tai­ne; il pour­rait s’agir du fils en­fan­té par Cas­sandre à la sui­te de son viol par Ajax. As­su­ré­ment le ter­me σκύ­λαξ a bien ici la va­leur d’une mé­tap­ho­re pseu­do­ny­me, mais le nom éc­happe.

  • ÈÑÒÎÐÈß ÄÐÅÂÍÅÃÎ ÐÈÌÀ
    1271865563 1271863803 1288635317 1306314888 1306445357 1306447062

    Âû ìîæåòå îòìåòèòü èíòåðåñíûå âàì ôðàãìåíòû òåêñòà, êîòîðûå áóäóò äîñòóïíû ïî óíèêàëüíîé ññûëêå â àäðåñíîé ñòðîêå áðàóçåðà.