Base of a statue with a depiction of training of gladiators.

Marble. Late 1st — early 2nd cent. CE.
Inv. No. 1915.

Patras, New Archaeological Museum
(Πάτρα, Νέο Αρχαιολογικό Μουσείο Πάτρας)

Origin:
Possibly from the monument of a gladiator contest sponsor.
Description:
Italiano Gladiatorum Paria.

Plaque de marbre avec frise en relief. Brisée à droite et en bas à gauche. ¹ inv. 1915, dim. 0,69 × 0,325 × 4—6,5 cm. Trouvée dans une fouille à l’angle des rues D. Gounari et I. Vlachou, en 1980, remployée dans une construction antique (fig. 32).

Fig. 33. — Coupe verticale du relief avec gladiatorium para.

p.389 La plaque est couronnée par une échine, dont le lit d’attente porte une anathyrose ; les personnages reposent sur une régula, une cyma reversa marquant le passage vers le bandeau inférieur (haut de 4 cm), presque intact à droite, avec des traces de ciseau à dent et une anathyrose, mais dont un fragment de 0,35 m de long, à gauche, a été détaché, peut-être à une époque ultérieure. La face de joint gauche est grossièrement travaillée. Au lit d’attente, lisse, une entaille de 0,9 × 0,015 m près du bord gauche servait vraisemblablement à fixer une autre plaque, et une autre, plus petite, à 0,40 m de ce bord, était un trou de clou (traces de couleur dues à la corrosion du métal) pour fixation sur une surface verticale. Dans le même but, l’échine était percée d’un petit trou (0,01 m), à 0,06 m du bord droit, brisé. Il y en a peut-être un autre identique, avec des restes de métal, à la base de la frise, mais il ne traverse pas la plaque de part en part. Le champ du relief est oblique par rapport à la face arrière, si bien que l’épaisseur de la stèle se réduit du bas (6,5 cm) vers le haut (4 cm) (fig. 33).

Trois couples de gladiateurs sont représentés en train de se battre. De celui de droite, il manque une partie du gladiateur de l’extrémité. Les mains et les boucliers du couple de gauche, le poignard du gladiateur tout à gauche, le bras droit du rétiaire et les casques sont abîmés.

Le couple de gauche se compose de deux gladiateurs semblables, lourdement armés. Ils tiennent de grands boucliers, ovales et incurvés, portent un subligaculum avec une p.390 ceinture faite d’une seule bande, des casques à cimier bas et aux bords relevés et recourbés ; ils couvrent le visage avec une ouverture pour les yeux. Le gladiateur de droite porte une jambière basse sur la jambe gauche, l’autre a, semble-t-il, les jambes nues ; le bras droit qui tient le poignard, pointe en haut, est couvert d’une manica.

Le couple du milieu se compose de deux Thraces symétriquement opposés. Le vêtement et l’armement des Thraces, en dépit des petites variantes, sont parmi les mieux établis : ils portent de hautes jambières (ocrea) jusqu’au-dessus des genoux, tiennent un petit poignard courbe (sica) et des boucliers carrés relativement petits142. Les casques ont un cimier bas en faucille, sans plumes ni protomé de griffon, comme c’est l’habitude sur d’autres représentations de Thraces ; ils couvrent le visage, avec une ouverture pour les yeux. Le pagne est retenu par une ceinture. Le bras qui tient le poignard est couvert jusqu’à l’épaule d’une manica. Est-ce pour des raisons de symétrie, manifestes dans la représentation, que celui de droite paraît gaucher, ou bien est-ce vraiment un gaucher?

Le couple de droite est formé d’un rétiaire et d’un gladiateur lourdement armé. Le premier, nu pied et découvert, ne porte que le subligaculum avec une ceinture faite de deux bandes, et un galerus qui couvre l’épaule et le bras gauches. De la main gauche, il tient le trident et le poignard, de la droite le filet dont les mailles sont rendues par des croisillons incisés. De son adversaire il reste la jambe gauche, sans jambière, une partie du bras avec le bouclier semi-cylindrique, long, dont les petits côtés sont horizontaux, et les longs côtés droits, courbes. La tête est coiffée d’un casque. Le rétiaire le frappe avec le trident et s’apprête, semble-t-il, à lancer le filet qu’il tient encore plié. L’adversaire se protège avec le bouclier qui couvre non seulement le corps, mais aussi le visage.

Les noms des catégories de gladiateurs que citent les inscriptions ne sont pas faciles à attribuer aux types représentés. Il est désormais admis que certains termes comme secutor, provocator, pulsator, scissor désignent une tactique de combat et non l’équipement. Ce peuvent être aussi, parfois, les noms de gladiateurs armés différemment143. Naturellement, c’est à l’armement que se rapporte le terme θρᾷξ (thrax ou thraex) et son identification sur les monuments ne fait pas difficulté144. Le Thrace fait partie des hommes lourdement armés, comme les Samnites qui, eux aussi, se distinguent bien, mais qu’on ne rencontre pas à l’époque impériale145. Les μυρμιλλόνες (myrmillons), en dépit des efforts, n’ont pas encore été identifiés de façon certaine avec un type iconographique précis146. Le premier couple de la frise est lourdement armé. Le bouclier ovale n’est pas aussi courant que le bouclier rectangulaire. Si ce n’est pas un hasard, il faut noter que celui de gauche a les pieds nus, comme d’ordinaire ceux qui sont légèrement armés, c’est-à-dire les rétiaires.

Le rétiaire, comme d’habitude, se bat contre un adversaire lourdement armé qui est souvent désigné comme secutor ou murmillo147. Il attaque son adversaire au visage, avec p.391 le trident, et l’homme se protège avec le bouclier. Le filet n’a pas encore été lancé. Cette représentation est unique. Je pense qu’est représenté le moment du combat qui succède juste à celui que nous montre la lampe de la collection Wollmann, sur laquelle le rétiaire tient le trident de la main gauche et le filet de la droite148. Les instantanés de combats que fournissent les lampes ne peuvent évidemment pas en relater toutes les phases que restitue Wollmann149. Il n’est donc pas indispensable d’admettre avec lui que le trident n’était utilisé qu’après l’échec du déploiement du filet. Le trident pouvait permettre au rétiaire de fatiguer son adversaire, avant qu’il n’essaie de l’enrouler dans le filet. Pour se protéger les yeux, celui-ci devait porter le bouclier devant le visage, et c’était alors le moment propice au déploiement du filet. Le trident pouvait déjà avoir été abaissé à cet instant précis, comme cela apparaît sur la cruche en sigillée de Rheinzabern au musée de Spire150, qui porte l’unique représentation du déploiement du filet. Le trident est représenté dans la même position sur une lampe de Patras, datant de la fin du r ou du début du IIe s. ap. J.-C. Avec notre relief, c’est une des rares représentations d’un rétiaire avec son filet (fig. 34)151. Le rétiaire tient le trident pointe en bas et le poignard de la même main, comme le rétiaire du relief. Le bras est couvert par la manica, la main paraît nue152. On a l’impression que le poignard est fixé et maintenu au poignet par un moyen quelconque (anneau ?)153. Le rétiaire tend la main vers l’arrière, et semble s’apprêter, d’un moment à l’autre, à lancer le filet, tout en se protégeant avec son poignard. Quand le filet n’est pas représenté, comme c’est souvent le cas, on considère que le rétiaire s’en est débarrassé après l’avoir utilisé sans succès.

Le long bouclier courbe aux deux côtés incurvés a été considéré comme l’arme par excellence du murmillo. Sur certaines représentations, l’adversaire du rétiaire a un bouclier de ce type, par exemple sur le médaillon de la mosaïque de Nenning154 ou sur le vase de Spire. Ailleurs, ce bouclier incurvé est rectangulaire155. C’est un bouclier de ce type que tient le gladiateur sur la stèle de Byzance avec l’inscription de myrmillon156 : il a un casque à large bord, de hautes jambières aux deux jambes et un petit poignard courbe. Puisque d’après les inscriptions, les myrmillons se battent contre les rétiaires, et que leur nom est associé à un poisson (μύρμα, μορμύρος, μορμύλος), le rétiaire attaque avec p.392 un filet ; on pourrait très bien rapprocher le type ci-dessus du gladiateur lourdement armé avec celui du myrmillon. Mais la question reste ouverte (voir n. 146).

Il existe en Italie et en Asie Mineure un grand nombre de reliefs représentant deux ou plusieurs couples de gladiateurs ; ils font partie de monuments funéraires ou commémorant des jeux que des editores muneris ou d’autres ont édifiés en leur honneur157. Le relief de Patras a un rapport particulier avec les reliefs de Lusius Storax, tant en ce qui concerne les figures et leur relation avec la plaque qu’ils ornent, que pour son style de tradition hellénistique qui se trouve sur des représentations de gladiateurs du début de l’époque impériale158. Lusius Storax était Sevir de Teato Marrucinorum, et les reliefs de son monument funéraire sont datés des environs du milieu du Ier s. ap. J.-C. L’absence d’élément réticulé protégeant le visage sur les casques du relief de Patras et le faible développement du bord permettent de dater le relief de la fin du Ier ou du début du Ier s. ap. J.-C.159.

Ce relief a été trouvé remployé à un endroit où l’on a mis au jour des vestiges de monuments de différentes périodes de l’Empire et un tronçon de rue dallée d’orientation E.-O.160, qui devait mener jusqu’aux Psilalonia. A côté de l’endroit où fut trouvé le relief, au Sud de la rue, la fouille des terrains du 55 rue Kanari, du 3 rue Ioan. Vlachou161 et de l’îlot Gounari / Hypsilandou / Kanari / I. Vlachou (terrain Kritikou)162 a mis au jour un grand bâtiment à trois absides avec des portiques, qui est probablement un nymphée. Ce bâtiment se trouvait au carrefour de deux rues antiques, celle dont nous venons de parler, sur laquelle il donnait, et une autre, orientée N.-S., découverte dans le terrain Kritikos ; un autre tronçon de cette rue est apparu plus tard à l’angle des rues I. Vlachou et Miaouli163. La fouille du terrain où fut trouvé notre relief a donné de nombreux fragments de marbre, dont certains pourraient recoller et appartenir au monument qui a donné le relief des gladiateurs, sans qu’il ait été possible de le vérifier. Si l’on ne peut exclure que la frise ait un caractère funéraire et par conséquent que la plaque ait été transportée depuis le cimetière jusqu’à l’endroit où elle fut trouvée, il est plus logique de l’attribuer à un autre type de monument, un ὑπόμνημα φιλοτιμίας d’un chorège ou un édifice public comme le nymphée dont nous avons parlé. A l’occasion de l’inauguration d’édifices dus à la générosité de riches évergètes ou des empereurs, on avait en effet p.393 l’habitude de donner des spectacula et d’immortaliser l’événement dans le monument lui-même : cette hypothèse a été faite pour les reliefs de la porte de Magnésie à Éphèse164. Deux données archéologiques semblent aller dans ce sens : a) lors de la fouille du terrain Kritikos, on a mentionné un «socle à plusieurs côtés» ; b) un peu à l’Est de l’endroit où a été trouvé le relief, à l’angle des rues Athan. Diakou et Karatza (Psilalonia), on a découvert un podium à degrés avec un socle de statue (?) sur une place dallée165. Ces éléments prouvent que la région avait un caractère public et qu’on aurait pu y édifier un monument digne d’un munerarius. Ce monument, antérieur à la construction de l’amphithéâtre, implique que les combats de gladiateurs se déroulèrent d’abord dans un bâtiment provisoire, peut-être à l’endroit même où, plus tard, fut construit le grand bâtiment dont nous avons parlé plus haut.


142 Ils peuvent aussi être ronds, p. ex. Hoenle-Henze, fig. 2.

143 Hellenica VII, p. 138 sqq. ; J. Colin, Mnemosyne IV-7 (1954), p. 44 sqq., 53, 56 ; Hoenle-Henze, p. 218. U. Mandel, Kleinasiatische Reliefkeramik der mittleren Kaiserzeit (1988), p. 195 sqq.

144 Gladiateurs, p. 67 ; Hoenle-Henze, p. 22, 218.

145 Hoenle-Henze, p. 24, 218.

146 Voir, tout récemment, Mandel, op. cit., p. 196 et, auparavant, G. Lafaye, DA, s. v. «gladiator» (et ci-dessous).

147 Les adversaires du rétiaire pouvaient avoir d’autres noms, cf. Hoenle-Henze, p. 218.

148 H. Wollmann, RM 32 (1917), p. 150, fig. 3.

149 Op. cit., p. 197 sqq. Les dernières phases du combat du rétiaire contre des adversaires lourdement armés sont représentées sur le relief de Rome, BullCom (1895), p. 253 sqq. ; Hoenle-Henze, fig. 50.

150 Hoenle-Henze, fig. 29.

151 Inv. 5192. Trouvée dans un four de potier, lors de la fouille du no 85-87 rue Patréos. Le rétiaire, partiellement conservé, du relief d’Amiternum à Chieti, tient, lui aussi, le filet avant de le lancer. Ce relief constitue la première représentation du type sous le règne de Claude (Hoenle-Henze, fig. 28). Le relief de Dionyssoupolis à Sofia a également un filet, E. Kalinka, Antike Denkmäler in Bulgarien (1906), p. 242, no 300.

152 Il n’est pas rare qu’elle soit, elle aussi, enveloppée dans la manica avec une languette sur le poignet ou un gant qui protège la main. Voir, par exemple, les reliefs du monument de L. Storax, à Chieti (Hoenle-Henze, p. 17, fig. 23-25), la statuette de la Bibl. Nationale à Paris, ibid., fig. 87, et d’autres exemples, Hellenica V, p. 98 n. 5 avec la bibliographie afférente.

153 Voir aussi la mosaïque de Nennig, Hoenle-Henze, fig. 15. Peut-être était-ce vraiment le cas, parce qu’il est difficile de tenir ensemble dans la même main un trident et un poignard.

154 K. Parlaska, Die römischen Mosaiken in Deutschland (1959), pl. 37 ; Hoenle-Henze, fig. 15.

155 Gladiateurs, no 227 pl. XVII, no 228 pl. XVIII ; Meier, AM 15 (1890), p. 162. Voir aussi Lafaye, DA 112, col. 1588, fig. 3585-86.

156 Pfuhl-Moebius, II, no 1238, pl. 185.

157 Voir les reliefs du monument de Lusius Storax au Musée Chieti (B. Andrae, Römische Kunst [1973], p. 62, pl. 194 ; Hoenle-Henze, p. 47, fig. 23-25 ; E. Chislanzoni, MonAnt 19 [1908], p. 542 pl. III) ; les reliefs de la tombe d’Aulus Umbricius Scaurus à Pompéi, aujourd’hui perdus mais connus par les dessins d’F. Mazois (Hoenle-Henze, p. 43, fig. 20-21) ; les reliefs de Venafrum (ibid., fig. 27), d’Amiternum (ibid., fig. 28 ; Andrae, fig. 192), de Pompéi représentant un cortège de gladiateurs et de bestiaires sur trois registres (Hoenle-Henze, fig. 22 ; Chislanzoni, op. cit., pl. 4) ; les reliefs de la porte de Magnésie à Éphèse (Gladiateurs, no 218, pl. XVI), de Hiérapolis (ibid., nos 122-123 ; Altertümer von Hierapolis [1898], p. 63, fig. 10-11), de Saittai en Lydie (Gladiateurs, no 135 ; Hellenica VIII, p. 65 pl. XII, 3, XIII, 1, 2), de Traiana Augusta (Gladiateurs, no 32) — ces deux derniers représentant des phases différentes d’un même combat —, de Kibyra en Phrygie (Gladiateurs, no 114 ; Hellenica VIII, nos 333-334, pl. XVI-XX), de Smyrne (Gladiateurs, no 228 pl. XVIII, no 231 pl. XVII, nos 229-230 pl. XXVI) et d’Éphèse (Hellenica VIII, p. 68-69 no 338).

158 R. Bianchi Bandinelli, Rome, Le Centre du Pouvoir (1969), p. 60. Voir aussi les reliefs de la porte d’Éphèse, cf. n. 157.

159 Voir G. Ville, Mosaïque gréco-romaine I, p. 161.

160 Au no 1 rue I. Vlachou et Gounari ArchDelt 35 (1980) B 1, p. 182.

161 Sous presse dans ArchDelt 36 (1981) B 1, p. 162.

162 Ph. M. Petsas, ArchDelt 26 (1971), B 1, p. 172-173 plan 14, 17.

163 I. A. Papapostolou, ArchDelt 33 (1978) B 1, p. 87.

164 Gladiateurs, p. 53.

165 Ph. M. Petsas, ArchDelt l. c., p. 166-171, plan 12, 13.

I. A. Papapostolou
Credits:
THE GALLERY OF ANCIENT ART
Keywords: marble relief gladiator gladiators retiarius murmillo mirmillo Inv No 1915
HISTORY OF ANCIENT ROME